Mariée / furmananna_fotolia

La chronique du grand méchant loup

On la connaît la musique ! « Promenons-nous dans les bois, pendant que le loup n’y est pas », fredonnée avec l’insouciance de ceux qui partent virevolter à la noce…

J’y pense avec délice en me parant pour le mariage du jour. Moi, célibataire, qui vais assister à une sorte de danse du trophée, de chant de la victoire. Ils se sont trouvés ! Ils s’engagent ! Oui, c’est aussi un sacrement… Moins anodin tout cela que de danser les nattes au vent, dans une sente ensoleillée…

« Je mets mes chaussures ! »

En ce samedi ensoleillé de mariage, je choisis mes chaussures dans un placard encombré. Allons fêter de bonne guerre en ce jour la belle qui a trouvée celle à son pied.

Voyons… pas de chaussures de verre à la Perrault, encore moins de vair à la Balzac, et c’est tant mieux pour mes pieds et pour les écureuils.

Cendrillon eut à faire en son temps à quelques péripéties pantouflesques pour trouver son prince charmant. Avant même que Freud ne s’intéresse aux pieds, il était déjà question de chaussure en matière matrimoniale. Ces appendices auraient-ils ce pouvoir magique de nous faire rencontrer l’âme sœur ? Si seulement…

Choisissons-les avec soin, alors. Celles sobres pour pêcher un mari chic, les pailletées pour un mari branché. Mes sobres sont fatiguées, mes pailletées un peu trop étroites… Comme d’habitude, rien ne convient.

« Trouver chaussure à son pied »… C’est déjà difficile dans mon propre placard, alors dans la vie ! Et si c’était impossible ? Et si même une jolie paire perdait son talon en cinq minutes ?

Tiens… au fond de la dernière étagère, il y a une jolie paire oubliée comme un ami d’enfance qui ressurgit soudain. Fidèle depuis des années, universelle, chic et discrète, sa ration régulière de cirage a nourri le cuir et l’a assoupli au fil du temps. Elle a vieilli mais a gardé tout son charme et surtout, elle va à mon pied comme une seconde peau. Elle s’est faite à mes pieds en m’accompagnant sur la route et mes pieds s’y sont faits en attrapant un peu de corne, sans doute là où elles faisaient mal. Je suis sauvée pour aujourd’hui et vraiment pleine d’espoir, comme Cendrillon.

« Je mets ma culotte »

Dans la chanson, le loup met sa culotte. Dans la mienne en tout cas. J’ai toujours trouvé ça ridicule d’imaginer un loup en culotte. Un mariage, c’est aussi plein d’histoire de dessous. Je ne parle pas de la jarretière, seul dessous parfois autorisé à signaler son existence, et dont personne je crois n’a jamais pensé à verser le bénéfice au Denier de l’Eglise.

Oui, certains dessous d’un mariage sont faits de préparatifs difficiles, d’ajustements entre les familles, augurant du pire ou du meilleur. Certains tiennent à la pièce montée, d’autres aux cuisses de grenouilles à l’armagnac, comme d’autres à la prunelle de leurs yeux. Il y a négociation sur les enfants d’honneur, sur le traiteur, sur le lieu,  l’horaire, c’est l’horreur. Quand ce n’est pas sur le gendre ou la bru, mais ce n’est plus le moment.  C’est ridicule parfois, comme un loup en culotte. Mais le grand méchant loup enfile ensuite son costume et sa redingote, et personne n’en saura rien. Ce jour de mariage, personne ne doit rien savoir des dessous. Les dessous sont oubliés, ils ont permis à chacun de mieux se connaitre, de trouver plus de compromis que de faire des concessions. Tout cela autour de l’amour de deux personnes qu’il faudra apprendre à préserver, à chouchouter. Si ce jour là nous avons été présents, n’avons-nous pas une forme de mission en ce sens ?

« Je mets ma montre »

Pas question d’être en retard aujourd’hui. Non seulement je mets ma montre mais je me munis aussi du faire-part stipulant l’horaire. Je ne veux pas arriver en retard, ou sous le mauvais clocher, rester tout au fond et réaliser une fois le voile levé que ce n’est pas ma cousine dessous, mais la mariée du mariage précédent si j’ai de la chance et du suivant si j’en ai moins. Je veux être à l’heure et entendre la voix grave du prêtre prononcer : « Si quelqu’un a quelque raison que ce soit de s’opposer à ce mariage, qu’il parle maintenant, ou se taise à jamais ». Ha non, c’est vrai, nous ne sommes pas dans un mariage anglican et nous voilà privés de ce moment de suspens intolérable pendant lequel nos pires cauchemars nous font nous lever, pris d’une logorrhée accusatrice. Comme on lèverait les mains nerveusement dans une salle des ventes. Sur un Picasso de préférence.

 

 

Mention sibylline sur le faire-part : je suis invitée à assister à la cérémonie OU à m’unir par la prière. Puisque j’assiste, je me dispenserai donc de prier. Je pourrais regarder les enfants d’honneur se disputer sans bruit, les grands-mères se tortiller pour voir, lister ceux qui ont des oursins dans leur poche au moment de la quête. Bref, je vais faire une étude sociologique du ban et de l’arrière ban. Je vais voir des couples attendris mais aussi des couples endurcis, qui évitent de croiser leurs regards, s’agacent d’un rien. Alors je prierai quand même pour les mariés et surtout pour tous ceux qui, déjà mariés, peinent sur ce chemin. Pour qu’ils se souviennent de ce qui les a rendus tellement heureux ce jour-là et qui peut encore renaître, pour qu’ils se pardonnent ce qui peut l’être, pour qu’ils puissent trouver au pied de cet autel une force nouvelle à travers les grâces sans cesse renouvelées de ce sacrement. A condition de les demander…

« Je mets ma robe »

Pas de noir, réservé aux enterrements. Tant pis pour l’époque où il s’agissait de la couleur de la robe de la mariée. Elle pouvait ainsi la remettre facilement. Bonne idée d’ailleurs ! Qui a remis incognito sa propre robe de mariée ?! Certaines la transformeront en robe de baptême pour leur progéniture, joli symbole d’un vêtement qui passe d’un sacrement à l’autre.

Pas de blanc au risque de concurrencer la mariée. Comme si c’était possible… Je m’imagine avec terreur recevant les félicitations à la place de ma cousine, pourchassée à grand coup de bouquet de fleur, ma supercherie involontaire une fois découverte.

Pas de turquoise, ce n’est pas à la mode, pas de violet, cette couleur ne me va pas, et pas de bleu-blanc-rouge, on dirait Blanche neige. Ou le drapeau de la France, France qui a recueilli en premier l’échange de consentement des mariés. Chrétiens, certes, mais aussi citoyens. Les promesses sont nombreuses, les devoirs aussi, l’un envers l’autre, face à la république et vis-à-vis du bon Dieu. L’Eglise nous promet des grâces avec le sacrement, il faut bien ça pour tenir le coup. La république a ses conseillers conjugaux… Et moi ma robe à enfiler. C’est encore facile. A la santé de l’époque révolue ou la mariée enfilait sa plus jolie robe, tout simplement.

« Je prends mon cadeau »

Que c’est compliqué parfois un cadeau de mariage…  Liste ? Pas liste ? Quoi dans la liste ? Quoi dans pas la liste ? Voyage de noce ? On m’a même parlé de mariés endettés par leur voyage pour lequel les invités n’avaient pas été assez généreux… Parfois, aux indications insistantes accompagnant le faire-part, la question insolente est tentante : « Ils se marient ou ils font une opération financière ? ».

Revenons à mon paquet emballé avec soin : c’est une crèche, beau symbole familial. Personne n’aura l’idée en ce mois de juillet et ça changera des petits déjeuners en porcelaine ou autre idée habituellement pléthorique, à l’instar du pyjama du 6 mois dans d’autres circonstances. J’accompagne le cadeau d’un mot enthousiaste sur le chemin qu’ils prennent et autres envolées.  Et je laisse le mot soigneusement dans l’emballage… Entre les indélicats qui collent le leur au hasard sur un paquet, comme des coucous de mariage et les cadeaux qui ont perdu leurs mots, obligeant les mariés à des trésors d’imagination pour remercier qui de droit, restons prudent…

Une fois par an, s’ils aiment cette crèche, qu’ils prennent le temps de la sortir, elle leur rappellera notre amitié et ce jour béni de leur promesse. Une fois par an ? 355 autres cadeaux s’occuperont des autres jours ! Et Dieu de chaque minute… En ce jour, il fait alliance. Et reste présent dans l’amour des jeunes mariés. S’ils l’aiment et qu’ils le sortent du placard…

« Je prends mon sac à main »

Le choix du sac est vite posé : j’en ai un seul en état de faire honneur à la cérémonie.

Pour aujourd’hui, on oublie le petit-pot-de-beurre et la galette. Ou la brique de Ma Dalton… La première chose à y mettre, c’est un mouchoir. Toutes les mariées ont un mouchoir dans leur sac ou dans celui de leur mère. Et les invités comme moi ont plutôt intérêt. On ne sait jamais qu’elle, une voisine émotive… ou vous-même en ait besoin (après tout, un rhume est si vite attrapé dans les courants d’air de l’Esprit Saint). Ha oui, un mascara water proof aussi.

J’ai passé ma jeunesse à penser que le water proof, c’était utile en cas de pluie. Mariage pluvieux mariage heureux… Mais cette option indispensable est contre les larmes des jours heureux et maquillés comme aujourd’hui. Nous allons pleurer, c’est obligatoire, au moins pour quelques personnes. Il faut manifester, partager ses émotions, faire la fête même en pleurant.

Chose étonnante, les contes de fées ne se terminent jamais par «et ils pleurèrent de bonheur ». Ils préfèrent la formule « ils furent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». Il faut dire qu’un enfant, c’est un sacré morceau de chance, du bonheur en barre et une aventure moderne. C’est même une condition d’en vouloir pour se marier. Ça peut paraitre étrange, mais en même temps, quand on s’aime, ça déborde. C’est comme les larmes. Alors les enfants naissent d’un amour qui gonfle comme la pâte à pain, à la douce chaleur humaine. Et les mouchoirs et les mascaras water proof, on les garde pour cette nouvelle aventure. Si la vie leur donne cette chance.

« Je mets mon chapeau ! »

Le grand méchant loup avait un haut de forme. Pour le moins. Le marié aussi peut être. Mais il ne chantera pas, menaçant du fond des bois, pendant que nous danserons.

Tout le monde n’a pas l’idée saugrenue de se plumer les cheveux pour aller à un mariage, à moins de faire partie d’une famille de grues ou comme moi, de savoir par la bande que « c’est un mariage à chapeaux ». Ha bon. Drôle d’option… Me voilà un peu pantoise devant l’objet, prêté par une amie. Il faut dire que si j’avais dû l’acheter, je n’aurais plus eu un radis à mettre à la quête et ça ne se fait pas.

Une minute je me sens un peu ridicule. Et puis, si, c’est moi quand même dans le miroir. Moi en mieux, même. Moi en parée, en réussie. Finalement aujourd’hui, nous serons tous : nous en mieux.

Un peu comme une publicité si vous voulez. Ou comme les prémices de vie éternelle pour les plus spirituels. Et finalement, ce n’est pas mensonger, non, c’est prémonitoire. C’est dire qu’en ce jour sans pareil, nous faisons tous de notre mieux et que nous espérons que, même si la vie réserve parfois le pire plutôt que le meilleur, nous donnerons toujours le meilleur de nous-même dans le mariage, même face à l’adversité. Le mariage, finalement, voilà un projet qui me rend fière, même comme célibataire. Je redresse la tête, la plume guerrière, le sourire gagnant aux lèvres. J’ai envie de donner toute cette énergie nouvelle, chapardée dans mes placards, aux jeunes mariés.  « Attention, je sors ! »  

 

                                                     

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